Simultaneum

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Le simultaneum est une réglementation instaurée par Louis XIV, qui permettait aux catholiques d'utiliser les églises protestantes : les catholiques et les protestants, luthérien ou réformé, utilisaient alternativement la même église, désormais appelée église simultanée ou mixte. Souvent présentée comme un modèle de tolérance, c'est une mesure de force à sens unique, imposée seulement dans les localités entièrement protestantes, afin d'y faciliter la pénétration catholique. On peut distinguer deux périodes : le développement de cet usage de 1684 à 1789 et sa difficile résorption depuis 1800.

Evolution historique

La multiplication des églises simultanées à partir de 1684 sur l'ordre du roi de France

C'est en 1684 qu'un ordre royal va fonder toute la jurisprudence : il impose que l'Église catholique prenne possession du chœur de l'église dans toutes les localités luthériennes de la province d'Alsace «où il y aura sept familles catholiques ». On assiste alors à une introduction du simultaneum dans 78 églises entre 1684 et 1688, puis dans 45 autres entre 1689 et 1698 ; ensuite le rythme se ralentit avec 8 nouvelles introductions entre 1699 et 1715. Le 18e siècle connaît encore 32 introductions, ce qui porte le total à 163 églises simultanées pour l'ensemble de l'Alsace. Parmi elles figurent aussi plusieurs simultaneum à trois, c'est-à-dire incluant les réformés. Le simultaneum devient une institution synonyme de discorde, à cause de la volonté des catholiques d'étendre leurs droits là où ils sont déjà implantés et de l'attitude agressive de certains curés, car ils se sentent soutenus par l'autorité monarchique.

La politique de réduction du nombre des églises simultanées après 1800

C'est au 19e siècle que débute le mouvement de résorption. Si sous l'Empire napoléonien, les conflits sont étouffés par l'administration, le climat se dégrade sous la Restauration, en particulier dans l'Outre-Forêt pour une question de clôture du chœur. Jusqu'en 1830 seuls six simultaneum disparaissent, par construction d'une nouvelle église, en général catholique. Dans les années 1830, toutes les autorités, aussi bien civiles que religieuses, sont dépassées par un problème qui les laissent désemparées.

En 1842 débute une crise confessionnelle au sujet de l'église de Gundershoffen, à cause de la mise en place d'une clôture fixe par les catholiques. Cela entraîne une multitude de pamphlets et l'apparition d'une quinzaine d'autres conflits du même type. L'expansion démographique en est responsable : les villages atteignent leur maximum de population entre 1826 et 1851, ce qui rend à la fois le chœur et la nef trop étroits. Il en résulte une double transgression de la loi, qui connaît son apogée dans la première moitié du 19e siècle : par manque de place les catholiques débordent de leur secteur réservé en s'installant aussi dans la nef et les protestants font de même dans le chœur. Selon deux enquêtes de 1842 et 1843, sur 121 cas connus, seuls 36 chœurs ne sont occupés que par les catholiques. Ce résultat surprend les catholiques qui pensent être piégés, d'où leurs réactions violentes qui traduisent une prise de conscience assez tardive d'un fait vécu par tous. Les litiges sont provoqués par les horaires, non respectés ou contestés, et trois objets cultuels : une grille de séparation du chœur et de la nef, un autel mobile parfois imposé aux protestants et les bannières dans la nef, mal perçues par les protestants.

En raison de l'inertie des autorités, les querelles s'amplifient de nouveau sous le Second Empire, qui connaît une agitation endémique. L'accumulation des litiges favorise désormais les efforts pour tenter de dédoubler les églises mixtes, efforts venant de l'évêque, du directoire de l'Église luthérienne et de la préfecture : 20 disparitions en 18 ans, mais le problème demeure toujours celui d'une affirmation de droits et de prestige. Les nouvelles églises construites sont le plus souvent catholiques, mais quelquefois elles sont protestantes.

Après l'annexion au Reich, en majorité protestant, en 1871, les protestants tentent de profiter du nouveau contexte pour réduire les droits des catholiques dans certaines églises. En 1884, le nouvel évêque, Mgr Stumpf, lassé par les querelles continues, fonde l'Œuvre des églises mixtes, destinée à réunir les sommes nécessaires pour construire partout une église catholique. Après 1890, Mgr Fritzen fait de cette Œuvre un des objectifs prioritaires de son épiscopat, de sorte que 50 suppressions de simultaneum ont lieu de 1884 à 1914, ce qui permet de diminuer de près de moitié le nombre des églises simultanées, de 120 en 1871 à 64 en 1914. Mais dans celles-ci les querelles s'éternisent, empoisonnent les relations entre les deux communautés, malgré la modération relative de Mgr Fritzen et du président de l'Église luthérienne Curtius.

Entre 1918 et 1939, on constate un ralentissement du processus de dédoublement des édifices mixtes, neuf en tout, dû en général à une reprise pure et simple de projets de dédoublement antérieurs à 1914, ce qui s'explique par un moindre intérêt du clergé catholique et une aide parcimonieuse du gouvernement.

Au lendemain de 1945, les incidents de parcours demeurent certes présents jusque vers 1965. Mais le problème du simultaneum perd de son acuité, sous l'influence des progrès de la tolérance et de l'indifférence religieuse qui fait que les problèmes n'ont plus la même résonance aujourd'hui. La politique de dédoublement cesse pratiquement d'être appliquée. Seuls cinq édifices mixtes disparaissent encore. Désormais les ministres des cultes adoptent un ton nouveau pour régler à l'amiable les divergences.

La situation actuelle

Aujourd'hui le simultaneum subsiste dans 50 localités, sous trois modalités : alternance régulière chaque dimanche et fête (19 cas), un ou deux offices catholiques par mois (13 cas) et utilisation ponctuelle par les catholiques une à plusieurs fois par an (18 cas).

Ces dernières années est apparu, sous l'influence de l'œcuménisme, une nouvelle forme d'utilisation d'un bâtiment cultuel par les deux confessions. Dans certaines localités, comme Entzheim et Ittenheim, la paroisse protestante offre aux catholiques de célébrer des offices de manière informelle, au titre de «contrat d'hospitalité ». À l'inverse, l'évêché autorise les protestants à célébrer des cultes dans certaines églises, comme à Wiebolsheim et à Steinbourg, par un «accord d'utilisation ». Dans quelques-uns des simultaneum officiels, on s'est mis d'accord sur l'utilisation d'un autel commun (Morsbronn, Preuschdorf) ou sur l'usage du chœur par les protestants.

Ces formes nouvelles témoignent de la profondeur des mutations récentes dans les mentalités religieuses traditionnelles de séparation et d'affirmation identitaire. Le simultaneum devient un facteur de rapprochement entre chrétiens, après avoir été un motif de conflits aigus.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Protestants d'Alsace et de Moselle : lieux de mémoire et de vie / sous la dir. d'Antoine Pfeiffer.- Ingersheim : Saep ; Strasbourg : Oberlin, 2006

Notes et références