Temple réformé
C'est sous le nom de "Temple" qu'est communément désigné le lieu de culte des Réformés, en France (de l'intérieur), contrairement à la Suisse ou à l'Alsace, où le terme église est généralement employé.
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Un nom paradoxal
La temple, dans l'Antiquité est est l'édifice sacré dans lequel est censé résider une divinité, dont l’accès est réservé au clergé. Or, pour les protestants réformés, le temple est un édifice réservé à la célébration du Culte, n’ayant pas de caractère sacré, et accessible à tous. Alors, appellation par dérision ? Ou allusion directe au temple de Jérusalem ? En ce cas légitimation d’une forme de culte dont la référence fondatrice est antérieure à celle de messe catholique.
On peut également souligner que temple protestant et synagogue juive ont beaucoup de caractéristiques communes :
- Absence de très saint où résiderait la divinité
- Absence d’un clergé spirituellement privilégié
- Absence d’un lieu saint réservé au clergé
- Le peuple des fidèles occupe tout l’espace
- Pas de médiation d’un clergé entre Dieu et les fidèles
Un rapide survol de l'histoire du lieu de culte chrétien
Dans la Nouvelle Alliance, pas besoin de temple, l’accent étant mis sur le rassemblement, à l’assemblée (ecclésia) rassemblée autour de la Parole et du Sacrement de la Cène.
Le christianisme primitif s’organise dans des églises domestiques, les premiers chrétiens fréquentant également la synagogue. Puis avec les persécutions, des lieux plus cachés permanents ou improvisés. Mais la pratique gréco-romaine de l’autel domestique va influencer les nouvelles générations de chrétiens qui voudront honorer la mémoire des Martyrs : ce sera l’origine des chapelles que l’ont retrouvera ensuite dans les édifices du culte. Deux types de bâtiments vont coexister quand l’Église sera reconnue : l’église centrée et le plan basilical.
L’église centrée, ronde, carrée, et plus tard en forme de croix grecque, apparue dès avant le 4è siècle, elle garde une conception synagogale. Mais ce type d’église va être supplanté par celui d’une conception rituelle.
La basilique antique, ancien lieu public servant également de tribunal et de bourse de commerce, sur un plan en rectangle allongé, va être récupérée par l’église officialisée (par la paix constantinienne) qui est de surcroît de plus en plus cléricalisée : l’abside, naguère occupée par les magistrats, va être le lieu où se tient le clergé, rejet des fidèles vers la nef.
La construction des grandes cathédrales va accentuer ce mouvement : multiplication des autels, des chapelles latérales, des jubés : ce n’est plus une communauté de fidèles qui célèbre son culte, c’est une foule qui assiste à l’office d’un clergé. C’est le clergé qui rend la messe valable, non la présence d’une assemblée.
Et si il y eut avec la Renaissance, puis la Contre-Réforme un retour au plan centré, l’architecture baroque et le foisonnement de sa décoration n’ont rien à voir avec la simplicité fonctionnelle des temples réformés.
Le temple réformé
Lors de la Réforme, on repense complètement le lieu de culte : aux yeux des protestants ce dernier n’est pas tributaire du local dans lequel il est célébré. Le bâtiment n’est là que pour faciliter le rassemblement. Les protestants vont donc hériter d’églises existantes, ou en ériger de nouvelles. Ainsi la cathédrale Saint-Pierre de Genève voit son jubé détruit, et la chaire déplacée, le chœur occupé par les fidèles et une disposition des bancs autour de la chaire.
Quant aux nouveaux sanctuaires, ils adoptent un plan centré, de formes ovale, rectangulaire, carrée, octogonale, elliptiques, mais la disposition intérieure est la même : la chaire n’est pas adossée à une paroi mais avancée en direction du centre. La table de communion est dressée au centre, mais uniquement lorsque la cène est célébrée. On a de nombreux exemples de ce type de temples : Rouen, les trois temples de Lyon, Charenton. Mais il n’en reste plus que des images, des descriptions ou des plans, car ils ont tous été détruits avant et autour de la révocation de 1685. Toutefois, les réfugiés huguenots ont conservé cette disposition dans les édifices qu’ils ont bâtis dans les pays du Refuge.
Bernard Reymond [1]souligne que l'espace liturgique occupe toute la surface de l'édifice: l'idée est que l'assemblée se trouve réunie autour de la Parole et du Sacrement. Par ailleurs, une comparaison peut être faite avec la disposition des théâtres de cette époque: le célèbre Globe de Londres montre par son plan concentrique que tous participent à la représentation, tout autant comédiens que spectateurs.
L’évolution de l’espace liturgique dans les églises réformées
La salle de conférence religieuse
Les Églises de la Réforme ne restent pas insensibles au Siècle des Lumières : le culte festif fait place à un culte plus axé sur la parole. La prédication prend une place prépondérante : il y a lieu alors de faire du prédicateur le point de convergence des regards. Le temple n’en a pas pour autant un caractère religieux, même si l’orgue, banni jusque là des temples réformés, font leur apparition.
L’autorisation du culte public est venue avec la Révolution, mais la réorganisation de l’Église réformée est due à Bonaparte (les Articles organiques de 1802, intervenus après le Concordat avec l’Église romaine). Pour la première fois de son histoire, le culte réformé a été subventionné : les lieux de culte réouverts, dans des églises désaffectées ou dans de nouveaux bâtiments. Le temple de Vabre, un des plus vastes du département du Tarn, est construit à cette époque (1804). Dans ce dernier, de forme rectangulaire, la chaire est placée le long du grand mur, face à l’entrée. Les sièges sont disposés en « U ». On voit encore cette disposition au temple de Viane (Tarn).
Le temple solennel et clérical du début du XXè siècle
Toutefois, plusieurs raisons vont conduire à modifier cette disposition (que ce soit dans les constructions neuves ou existantes):
- L’église napoléonienne est devenue une église de notables : l’organisation est centralisée mais sans le relais de la représentation qu’est le Synode. Sur le plan local, les responsables des églises sont élus au suffrage censitaire. C’est dans ce milieu de notables qu’ont pénétré deux courants : le romantisme naturaliste et le Réveil. Dans les deux cas, la foi est vécue d’une manière beaucoup plus individuelle, et cela ne sera pas sans conséquences.
- La prédication devient soit un long discours philosophique, soit une brillante exhortation. La chaire est installée au centre de la petite paroi, les bancs bien alignés en face : c’est l’individu face à la Parole (et non plus l’assemblée autour de la Parole).
- Apparaît également le « parquet » fermé par une barrière, sous la chaire, où se tiennent les Anciens de l’Église, marquant ainsi leur autorité : les temples commencent à ressembler étrangement aux églises catholiques. Le temple de Vabre sera ainsi transformé sous le Second Empire, et cette disposition adoptée dans toutes les constructions nouvelles jusque dans le courant du 20e siècle. Le temple d'Albi, construit en 1924, en est un exemple.
L'espace liturgique est circonscrit à une partie du temple, là où se tient l'autorité ecclésiastique.
Puis cette tendance s’accentue, liée également à une cléricalisation des églises réformées. La chair solennelle, dominant la table de communion, l’apparition de croix (la croix nue chez les Réformés), l’allée centrale reliant l’entrée du temple à la table de communion et à la chaire, l’espace réservé à la liturgie, surélevé, le « parquet », fermé par une barrière, les fidèles alignés et tous tournés vers l’espace liturgique (la disposition en autocar), architecture néo-romane ou néo-classique. Pour bon nombre de protestants d’aujourd’hui, on ne peut concevoir la disposition d’un temple autrement : nos temples actuels sont bien souvent comme des théâtres dans lesquels on ne pourrait jouer que des pièces du XIXè siècle.
La symbolique du temple réformé
On retrouve bien souvent dans les temples réformés aujourd'hui quatre caractéristiques décrites par le professeur Daniel Lys.
Ces quatre caractéristiques du temple protestant au travers des signes de la Parole de Dieu[2] sont :
- La Bible (ouverte, prête à la lecture) : L’Écriture où entendre aujourd’hui la Parole de Dieu (le Texte transmis)
- La Croix (vide dans les églises réformées): Vide, symbole de la Parole incarnée, crucifiée, ressuscitée (le Dieu de l’histoire vient rencontrer l’homme)
- La Chaire (surplombant la table): La Parole écoutée, proclamée, actualisée (la Parole agit maintenant)
- La Table (et non l'autel): La Parole mémorisée dans le repas partagé (le corps de l’Église dispersée et rassemblée autour de Jésus)
Problématiques actuelles
Inscription du lieu de culte dans l’espace
- Le temple doit-il un bâtiment neutre, invisible? Or, il doit être le lieu reconnu ou à reconnaître par les membres de la communauté, mais aussi par les nouveaux arrivants. Nous savons que le mode d’entrée dans nos églises est non plus héréditaire mais adhésion volontaire (personnes ayant ou non une culture religieuse chrétienne)
- Par ailleurs on ne peut oublier l'influence de la culture télévisuelle. En caricaturant, on imagine le lieu de culte chrétien tel qu’on peut le voir dans des séries TV américaines: l’église, le temple n'est pas tellement la demeure de Dieu, mais celle du prêtre ou du pasteur. On ne voit que des églises catholiques, épiscopaliennes ou des temples baptistes du sud mais toujours disposés en « autocar ». Comment échapper à ces lieux communs?
Le retour au plan centré (Parole et Sacrement)
Il y a un réel parallélisme et une convergence entre Catholiques et Protestants quant à la façon de repenser l’espace liturgique, quand bien même les ecclésiologies restent bien différentes. Les catholiques veulent que l’espace où se « joue » la messe soit plus visible par l’assistance pour qu’il y ait participation des fidèles. Les Protestants veulent retrouver le sens premier du mot « église » et rappeler ce qu’est le sacerdoce universel.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- Un site présentant les temples de France : http://temples.free.fr/
Bibliographie
- BIELER, André. Le Temple des chrétiens. Genève,1961.
- REYMOND, Bernard. L'architecture religieuse des protestants. Labor et Fides, 1996.